Un an après les attentats de Bruxelles, le dialogue interreligieux encore fragile

Témoignages et dialogue
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Depuis les attaques terroristes qui ont frappé la capitale belge le 22 mars 2016, le dialogue interreligieux avance à tâtons, alors que les musulmans se disent davantage stigmatisés.

Sources  logo radiovatican
Les attentats djihadistes de Bruxelles – 32 morts et 320 blessés – ont-ils nui au dialogue entre les communautés religieuses de la ville ? Pour Mgr Jean Kockerols, évêque auxiliaire de Bruxelles, les attaques perpétrées il y a un an par des terroristes ayant vécu dans la commune de Molenbeek n’ont pas eu d’effet particulier dans ce domaine, pour une raison très simple : l’absence d’échanges suivis entre les religions. « Je suis très réticent à parler de dialogue, souligne-t-il en effet, parce que je pense qu’il était inexistant ou alors très modeste. »

« Il y a des rencontres entre chrétiens et musulmans et à l’occasion entre une communauté catholique et une communauté musulmane qui répond à son invitation », nuance l’évêque, ajoutant toutefois « qu’il est plus difficile qu’une communauté musulmane s’ouvre à des chrétiens, mais cela a quand même lieu parfois ».

Il existe en effet quelques contacts. « Chaque année, je suis invité à Molenbeek à un iftar (repas de rupture du jeûne pendant le Ramadan) dans une mosquée qui ne souhaite pas vivre en ghetto », indique notamment Mgr Kockerols.

Nomination d’un délégué aux relations avec les musulmans

Pour donner une continuité au dialogue, et au vu de l’actualité, il a nommé vendredi 17 mars un délégué aux relations avec les musulmans en la personne du P. Paul Abou Nahum, un prêtre libanais maronite « qui connaît très bien ce dossier ».

Néanmoins, aux yeux de Mgr Kockerols, la difficulté ne vient pas tant du côté chrétien que de l’absence de représentants de la communauté musulmane. « Il n’y a personne pour parler au nom de toutes la communauté, chacun parle en son nom propre. On ne sait donc pas vraiment à quelle porte frapper », regrette-t-il. Quant à la Grande mosquée de Bruxelles, « elle est largement subventionnée par l’Arabie saoudite. Les idées du wahhabisme y ont pignon sur rue, sans pour autant être représentatives de l’islam bruxellois ».

« Certains projets nous donnent toutefois des motifs d’espérance et que nous voulons soutenir. C’est le cas d’Ensemble avec Marie, une initiative qui nous vient du Liban et qui en est en Belgique à sa deuxième édition », souligne Mgr Kockerols.

Des initiatives... et des interrogations

De son côté, le Père Aurélien Saniko, à la tête de l’unité pastorale de Molenbeek-Saint-Jean, estime pourtant que les attentats ont poussé les responsables religieux à « faire plus de choses ensemble ».

Avant les attentats de Bruxelles, le prêtre, qui n’hésite pas à se déplacer en soutane dans les rues de son quartier, était déjà coutumier des initiatives interreligieuses. Peu après les attentats du Bataclan, commis par plusieurs jeunes venus de Molenbeek, il avait ainsi organisé un dîner de Noël pour les juifs, les chrétiens et les musulmans dans une salle de la commune. Par la suite, il a poursuivi dans cette voie. En juin 2016, le prêtre originaire du Cameroun avait convié les musulmans à un dîner de rupture du jeûne... dans son église. Une démarche qui n’avait pas été sans susciter quelques interrogations.

« Certaines initiatives ont provoqué des tensions », reconnaît ainsi le Père Saniko. « Il y a eu des critiques, mais il faut dire que ceux qui crient font plus de bruit que ceux qui sont d’accord », ajoute-t-il, évoquant les « nombreuses marques d’amitié » reçues de la part de musulmans après les attaques. S’il veut croire que « le dialogue est possible », il regrette de ne pas « se sentir soutenu » par sa hiérarchie.

Recrudescence de l’islamophobie

Dans un contexte de recrudescence de l’islamophobie en Belgique depuis un an, selon le Collectif contre l’islamophobie en Belgique (CCIB) et le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme (Unia), l’entretien de bonnes relations entre communautés semble un enjeu majeur.

Les difficultés semblent provenir davantage d’une méconnaissance mutuelle. « Les tensions anti-musulmanes voient davantage le jour dans des endroits où il y a peu voire pas de musulmans, soutient Mgr Kockerols. À Bruxelles, où ils seraient 23 %, il y a peu de conflits autour de ce sujet, même si le délit de faciès est une réalité. Mais les attaques véhémentes viennent de petites villes ou de villages où on ne connaît pas ces réalités, ce sont des réflexes identitaires ».

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