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Un colloque universitaire sur saint Augustin en Algérie pour retrouver les racines préislamiques

Sous le patronage du ministère de l’éducation et de la recherche, un colloque s’est tenu du 28 au 30 novembre à Annaba (ex-Hippone) sur le thème « Augustin d’Hippone et sa pensée dans ses dimensions locale et universelle ».


Organisé par l’université d’Annaba et la faculté des lettres, cette conférence internationale a fait intervenir des chercheurs algériens et étrangers venus de quatre continents, dont le P. Bernard Jobert, chanoine de Saint-Augustin et ancien curé de Skikda.

Un colloque universitaire consacré à saint Augustin dans la ville dont il a été l’évêque, Hippone, devenue aujourd’hui Annaba : l’événement est-il inédit  ?

- P. Bernard Jobert  : Ce colloque était doublement exceptionnel : parce qu’il a eu lieu à Annaba-Hippone où Augustin fut évêque et parce qu'il était organisé par une université musulmane algérienne. Ces trois jours ont permis de mesurer l’écart qui existe encore entre l'étude de ce géant chrétien et la réception un peu tumultueuse de la part d'étudiants - et parfois d’enseignants - soucieux de se montrer comme d’abord musulmans. Mais ce contraste est peut-être une bonne porte d’entrée pour se replonger dans l’étude des controverses énergiques du Vème siècle.

Parce qu’il permet de lutter ensemble contre l’ignorance et aborder des questions épineuses, ce colloque marque aussi une avancée dans le dialogue islamo-chrétien. À mes yeux, cette rencontre est surtout typique du tempérament fort des Algériens, de leur recherche d'alternatives à la pensée unique. Le débat a été riche, et les contributions solides devraient aider les auditeurs à affiner leur esprit critique et scientifique. Signe des temps ou bien timide ouverture ? L’avenir dira quel élan aura été donné.

- Faut-il y voir le signe d’une réconciliation de l’Algérie avec son passé anté-islamique  ?

- P. Bernard Jobert  : En 2001, un premier congrès consacré à « saint Augustin philosophe » sous l’impulsion du président Abdelaziz Bouteflika avait montré ce souhait de l'Algérie de renouer avec son passé antérieur à l'islam. Le recteur de l’Université d’Annaba, le professeur Miloud Barkaoui, nous a dit qu’il avait reçu cette fois les encouragements du ministère de l’enseignement supérieur et l’accord du ministère des affaires religieuses. Il a reconnu la complexité financière d’une telle entreprise... largement récompensée par l’intérêt des étudiants.

Aujourd'hui avec la recherche d'un « islam du juste milieu », les étudiants en religions comparées, inscrits dans les universités islamiques, se rendent dans les bibliothèques catholiques  ; des professeurs osent des cours audacieux  ; une liberté inédite et des moyens internet permettent de réelles avancées.

- Qui s’intéresse à saint Augustin en Algérie, et pourquoi  ?

- P. Bernard Jobert  : Les auditeurs étaient variés  : beaucoup d’étudiants, mais aussi des membres d’associations culturelles comme « Via Augustina » qui balise des chemins de randonnée en Tunisie (et prochainement en Algérie, peut-être), quelques Algériens chrétiens discrets, et des érudits.

De nombreux étudiants et professeurs ont accompagné les orateurs étrangers à la visite des ruines d’Hippone, que, pour beaucoup, ils ne connaissaient pas. Ils sont également entrés dans la basilique Saint-Augustin, récemment restaurée, où nous avons célébré la messe. Le tourisme et les pèlerinages redémarrent en Algérie, les sites archéologiques attirent, et l’actualité de la pensée de saint Augustin émerveille tous ceux qui la redécouvrent.

- « Augustin l’Africain », « foi et politique », « le dialogue au-delà des différences », ou encore l’influence d’Augustin sur la littérature... Les thèmes annoncés étaient nombreux. Quelles dimensions de son œuvre ont été mises en avant  ?

- P. Bernard Jobert  : Les organisateurs ont eu le souci de mettre la pensée de saint Augustin en parallèle avec le monde d’aujourd’hui. Le retour sur la question des migrants réfugiés en Afrique après le sac de Rome en 410 a permis de riches réflexions théologiques sur le mal, et les réponses de croyants. L’influence d’Augustin dans la littérature et la pensée actuelle en Algérie a été évoquée, même si elle reste bien timide.

Une question minée a également ressurgi : politiquement, certains ont comparé les donatistes (doctrine schismatique apparu en Afrique au IVe siècle, qui refusait la validité des sacrements délivrés par les évêques qui avaient failli), auxquels s’est affronté Augustin aux moudjahidines de la guerre d’indépendance... Des réponses historiques argumentées sont venues de l’assistance, en arabe ou en français, montrant le bien-fondé et la nécessité de ce genre de colloque pour purifier la mémoire.

Alger

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