La crypte de la cathédrale de Tunis - découverte archéologique

Eglise Universelle
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Il est difficile d’imaginer que dans la nouvelle chapelle de la crypte de la cathédrale de Tunis se cache un souvenir de grande valeur pour l’histoire de la mission catholique en Tunisie.

Il est difficile d’imaginer que dans la nouvelle chapelle de la crypte de la cathédrale de Tunis se cache un souvenir de grande valeur pour l’histoire de la mission catholique en Tunisie. En face de l’autel et enfoncé dans le mur, nous observons une grande épitaphe de Guglielmus Ploruman, anglo britannicus. Parmi les louanges décernées à sa mémoire, par son fils Plowman, de même prénom, désigné sur le marbre par les termes de « Guglielmus junior », on relève le titre de consul à Tunis.

Article publié sur « Archéologie et art chrétien » le 11 avril 2018

Il est difficile d’imaginer que dans la nouvelle chapelle de la crypte de la cathédrale de Tunis se cache un souvenir de grande valeur pour l’histoire de la mission catholique en Tunisie. En face de l’autel et enfoncé dans le mur, nous observons une grande épitaphe de Guglielmus Ploruman, anglo britannicus. Parmi les louanges décernées à sa mémoire, par son fils Plowman, de même prénom, désigné sur le marbre par les termes de « Guglielmus junior », on relève le titre de consul à Tunis.

Les Plowman, père et fils, furent en effet consuls à Tunis ; ils représentaient la Hollande, et leur nom fût mêlé à l’histoire de la mission des capucins de Tunis, notamment au lendemain des incidents de Tabarka. Lorsque Tabarka, avec ses établissements créés par les Loemellini, tomba aux mains d’Ali Pacha (1741), les malheureux chrétiens qui composaient la population de ce comptoir de corailleurs furent conduits en esclavage à Tunis. Au nombre de 842, ces captifs étaient dans le plus complet dénuement, certains presque nus, et tous épuisés. Le préfet apostolique, le P. Antonio de Novallera (chef de la mission des capucins de 1738 à 1744) pris de pitié essaya de secourir une si grande misère ; la situation financière peu brillante de la mission ne lui permit pas de faire des largesses. Devant l’indigence de ces nouveaux fidèles, Antonio de Novallera n’hésita pas pour leur venir en aide, à contracter un emprunt, donnant en gage l’argenterie, les ornements et les chandeliers de son église, et même un reliquaire en cristal et argent, contenant une partie de la vraie croix. Il commit aussi l’imprudence de se servir des économies réalisées par les esclaves sur leurs salaires. Il se trouva alors dans une fâcheuse position, ne pouvant rembourser ces sommes qui lui avaient été confiées ; il eut à soutenir la colère des esclaves, qui n’hésitèrent pas à le menacer d’emprisonnement et même de mort.

Le P. Antonio, victime de son bon cœur fut rappelé à Rome (1744). Mais avant de quitter Tunis, il contracta auprès de Guillaume Plowman, avec l’assentiment de Rome, un nouvel emprunt pour désintéresser les esclaves ; son successeur, le préfet Carlo Felice (1744-1747) fut obligé d’agir de même, tellement la mission des capucins était dans la gêne. Ce fut toujours Plowman qui vint en aide aux missionnaires capucins. Le hasard nous a permis de retrouver un reçu écrit de la main de Guillaume Plowman, attestant que toutes les sommes avancées par lui, avaient été remboursées, et que le dernier versement avait été effectué par le P. Lodovico d’Averna, préfet de 1747 à 1753. Ce reçu est ainsi rédigé en italien :

« Tunisi le 4 xbre 1753. Noi Guglielmo Plowman dichiariamo essere pieno sodisfatto di tutto il débito contratto nella nostra casa consolare d’olanda, tanto dal P. Antonio da Novallera, quanto dal P. Carlo Felice d’Affori, amendue prefetti allora mediante; l’ultima sborso fattoci il P. Lodovico d’Averna attuale prefetto, sicche sequela di questa ci dichiariamo non avere altro pretenzione sulla missione de r.r.p.p. capuccini essistenti un questa citta, in fede di che la sottiscriviamo di nostro proprio pugno, nonche la siggilliamo colla marca ordinaria della nostra casa ».          

Gugmo Plowman Cachet de cire aux armes des Pays-Bas

« Tunis le 4 xbre 1753. Nous Guillaume Plowman, déclarons éteinte la dette contractée dans notre demeure consulaire de Hollande tant pour le P. Antoine de Novallera, que par le père Charles Félix d’Affori, tous deux préfets à cette époque ; le dernier remboursement fut effectué par le P. Louis d’Averna, préfet actuel, et par suite de ce paiement, nous déclarons n’avoir aucun droit sur la mission des révérends pères capucins, demeurant dans cette ville, en foi de quoi, non seulement nous écrivons cette reconnaissance de nos mains, mais nous la revêtons aussi du sceau habituel de notre maison ».

Ce reçu attestant l’extinction des dettes des révérends pères capucins de la mission, résidant à Tunis, est intéressant à plusieurs points de vue. Il nous donne en premier lieu l’orthographe exacte de Plowman, dont le nom a été souvent déformé. Le P. Anselme des Arcs, qui a séjourné à Tunis de longues années, et qui ne quitta cette ville qu’en 1881, a mentionné dans son ouvrage « mémoires pour servir à l’histoire de la mission de capucins dans la régence de Tunis », l’aide apportée par Guillaume Plowman aux prêtres italiens. Mais Plowman est dénommé Ploruman et le marbre de la chapelle de la crypte de la cathédrale porte également le nom de Ploruman. L’épitaphe nous rappelle aussi que Guillaume Plowman est décédé à l’âge de 99 ans accomplis, en 1745, et que le monument a été élevé à la mémoire par « Guillaume Plowman junior ».

L’acquit cité précédemment est daté du 4 décembre 1753, c’est donc Guillaume Plowman junior qui l’a signé. Enfin, le reçu de Guillaume Plowman précise qu’en 1753, le P. Lodovico d’Averna, préfet apostolique, était encore à Tunis, alors que le P. Anselme des Arcs, dans son ouvrage cité précédemment, fait finir son ministère en 1750. Les Plowman furent donc les bienfaiteurs de cette mission des capucins italiens de Tunis. Pour cela, nous les missionnaires en Tunisie, ainsi que les catholiques de ce pays, nous devons leur être reconnaissant d’avoir permis à ces missionnaires capucins de continuer leur œuvre à Tunis.

En visitant la chapelle de la crypte de la cathédrale, le marbre qui se trouve à droite (voir photo) ne sera plus donc pour les visiteurs et les fidèles qui jour après jours participent à la messe, une simple pierre froide, mais une invitation à la prière et à l’action de grâces.

P. SILVIO MORENO, IVE


[1] Nous suivons librement « La dépêche tunisienne » du 5 février 1935. Avec les notes de Marcel Gandolphe, professeur au lycée Carnot.