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Attentats contre les coptes : la colère des musulmans d’Égypte

Alors que l’état d’urgence est en vigueur, les personnes de confession musulmane témoignent de leur solidarité vis-à-vis des coptes. Florilège de témoignages.

correspondante au Caire, Denise Ammoun - Le Point.fr

L’heure est à la colère et à l’indignation en Égypte, deux jours après les attentats revendiqués par Daech contre des églises de Tanta et d’Alexandrie. Les attaques ont tué 45 personnes et blessé plus d’une centaine d’autres, touchant ainsi de plein fouet l’Église copte orthodoxe d’Égypte, la plus importante communauté chrétienne du Moyen-Orient, forte d’environ 10 millions de fidèles.

Au sein de la communauté musulmane du pays, c’est aussi le choc. « J’ai souvent lu le Coran, je n’ai trouvé aucun verset qui incite à tuer des chrétiens parce qu’ils ne sont pas musulmans. Les gens de Daech sont des criminels. Il faut trouver les moyens d’en finir avec eux, de les exterminer. Dans le nord du Sinaï, ils tuent tous les jours des soldats », s’indigne Mohamed Mehreb, un musulman âgé d’une cinquantaine d’années. Zeinab al-Souss, une femme au foyer d’environ 40 ans, s’interroge : « Pourquoi tuer des chrétiens ? Ce sont nos amis, ce sont nos voisins. Ce sont des Égyptiens comme nous. » Et celle-ci de raconter : « J’ai une amie d’enfance chrétienne. Nous ne parlons jamais de religion. Elle m’envoie des douceurs à l’époque de Pâques, et je fais pareil en période de Ramadan. Je lui ai téléphoné après les attentats, je ne savais pas comment la consoler. »

Le « pire » des attentats

Globalement, la population se lamente et s’agace face aux attentats de dimanche. « Tout attentat est tragique, mais celui de dimanche est le pire d’entre eux, s’émeut Mahmoud Sabri, un cadre qui travaille dans le secteur social. Les coptes célébraient la fête des Rameaux, une grande fête chez eux. Ils s’embrassaient, ils échangeaient des rameaux en signe de paix, et on les tue à ce moment. C’est horrible. »

Un ou deux policiers ne peuvent pas protéger une église

À bord de son taxi, Ahmed Mourad n’entend plus parler que des attentats depuis dimanche. « Pourquoi tuer ces malheureux coptes ? Les partisans de Daech sont des assassins. J’espère que le gouvernement va trouver le moyen de les exterminer », glisse le chauffeur. Un autre homme, qui ne souhaite pas donner son nom, enrage : « Nous ne luttons pas simplement contre des terroristes, mais contre des pays qui veulent détruire l’Égypte. Qui donne des armes à ces criminels, qui leur donne de l’argent pour les inciter à tuer ? »

Les policiers qui protègent les églises sont à crans. « Un ou deux policiers ne peuvent pas protéger une église. Il faut mettre une équipe. Un jour de fête, c’est indispensable. Tous ces attentats nuisent à l’Égypte, à sa réputation de pays paisible », déplorent deux « gardiens » qui préfèrent garder l’anonymat.

État d’urgence

Fatma Mohamed, étudiante en Lettres, réclame au gouvernement de prendre des mesures « draconiennes ». « Les coptes sont des Égyptiens. Il faut leur assurer une vie paisible », insiste-t-elle. Un médecin de 45 ans, qui ne souhaite pas divulguer son identité, renchérit : « Les coptes sont des boucs émissaires, une proie facile. Les assassins font d’une pierre deux coups : ils tuent les coptes qu’ils détestent, et ils déstabilisent l’Égypte. C’est là leur but réel. » Zeinab al-Souss craint que les violences ne se répètent, malgré l’état d’urgence décrété pour une période par le président Abdel Fattah al-Sissi afin de « protéger » et de « préserver » le pays. Alors, la musulmane a supplié son amie chrétienne de ne pas aller à la messe le jour de Pâques. « Elle a refusé, s’attriste Zeinab, en me disant : Dieu est grand. »

Alger

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