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Les coptes de Sarcelles font le choix du pardon

Après les attentats qui ont fait 45 morts en Égypte lors de la messe des Rameaux, les coptes célébraient samedi soir 15 avril la messe de Pâques. À Sarcelles, en région parisienne, une centaine de personnes ont fait corps avec ferveur dans la petite chapelle Saint-Athanase.

{loaposition si4}Elle a été « anéantie » toute la semaine. Mais en ce samedi de Pâques, le 15 avril, Sophie Marzook ressent comme une « consolation » : copte-orthodoxe, elle est venue dans sa paroisse Saint-Athanase-l’Apostolique de Sarcelles, au nord de Paris, « célébrer le mystère de la Résurrection du Christ ». Après les attentats du dimanche des Rameaux, le 9 avril, contre deux églises coptes en Égypte, comme elle, les fidèles du Val-d’Oise se disent « résignés ». L’attaque, revendiquée par Daech, a fait 45 morts et près de 130 blessés à Tanta et Alexandrie.

Ils sont nombreux, à Sarcelles, à avoir assisté aux offices quotidiens depuis le dimanche des Rameaux. « Personne ne pourra nous empêcher de venir. Nous, les coptes, sommes très pratiquants et très liés à notre église », explique Sophie Marzook. Pour cette autre fidèle qui arrive à la hâte pour la messe, « la Semaine sainte a été une aide ». Tous les jours, elle a cherché du réconfort auprès des autres paroissiens.

Surcroît de ferveur

Samedi soir, ils sont encore une centaine, entassés dans la petite chapelle embrumée par les vapeurs d’encens et remplie d’icônes, pour suivre, jusqu’au milieu de la nuit, la messe la plus importante de l’année.

Après les horreurs de la semaine passée, auxquelles ils ne veulent pas céder, Sophie Marzook et Matthieu Tamir décrivent un surcroît de ferveur. « Face à ce qu’on ne peut pas changer, on prie et on s’habitue », explique la paroissienne. Une position affirmée avec plus de force encore par le frère de Matthieu, Amjad, qui vient « l’esprit tranquille et en n’ayant peur de rien » en ce samedi soir.

Il insiste même : pour les coptes, « mourir en célébrant une messe, c’est mourir en martyrs ». « Nous sommes des cibles privilégiées, parce que nous parlons arabe mais nous ne sommes pas musulmans, et ça, c’est un drame pour les islamistes. »

« Le pardon, plutôt que la rancœur et la haine »

Amjad a une lecture politique du martyre que vivent les siens en Égypte. Pour lui, « la situation s’est détériorée ces dix dernières années. Il y a davantage d’intégrisme et de terreur. » Il critique vertement la révolution de 2011 et l’arrivée au pouvoir des Frères musulmans. « Ils sont responsables de 95 % des problèmes en Égypte ! », s’emporte-t-il. Le président actuel Abdel Fatah Al-Sissi, qui a écarté la confrérie du pouvoir et visite les églises, emporte son adhésion.

La résignation n’empêche toutefois pas la vigilance. Au fond de l’édifice, Matthieu monte la garde. « Si quelqu’un que je ne connais pas entre, je le mets dehors. » Tendu, les traits tirés, il sort devant l’église et dévisage chaque passant qui s’approche d’un peu trop près de la porte. Pour lui, cette messe de Pâques marque la fin d’une semaine éprouvante. Il regrette que les militaires de la mission Sentinelle ne soient pas présents. « Ça nous oblige à être plus prudents », précise-t-il.

Dans la paroisse, les fidèles expliquent que ce climat leur est malheureusement familier. Pour le fils du prêtre, ce n’est pas pour rien qu’on appelle cette Église « l’Église des martyrs ». Dans une encyclique lue au cours de la messe, leur pape, Tawadros II, rappelle que « par leur sang, [les victimes] ont écrit une nouvelle page de l’Histoire de l’Église copte ». Émue par la lettre, Sophie Marzook dit choisir « le pardon enseigné par le Christ plutôt que la rancœur et la haine ». Malgré la souffrance qu’elle ressent pour les familles endeuillées.
Last modified onjeudi, 11 mai 2017 15:53

Alger

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