INFOGRAPHIE - Plus de 3 100 migrants morts ou disparus en Méditerranée en 2017

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Au moins 3 119 migrants sont morts l’année dernière en tentant de passer en Europe via l’une des trois principales routes de la Méditerranée. Les passages sont en baisse, mais ils sont aussi plus dangereux via la Libye.

Samedi 6 janvier, un canot avec 140 à 150 personnes à bord est parti de Garabulli, à 50 km à l’est de Tripoli, en direction des côtes italiennes. À son bord, des candidats à l’exil, originaires de Gambie, de Guinée, du Sierra Leone, du Mali, de Côte d’Ivoire, du Sénégal, du Cameroun et du Nigeria.

Au bout de huit ou neuf heures, l’embarcation a commencé à se dégonfler et à prendre l’eau. Dans la panique, beaucoup de personnes sont tombées à l’eau. Huit migrants ont péri et une cinquantaine d’autres ont disparu.
Des chiffres sous-estimés

Ce scénario dramatique est désormais tristement habituel dans cette région de la Méditerranée. Sur les 5 386 migrants morts ou disparus sur leur route de l’exil en 2017 dans le monde, 3 119 l’ont été lors du passage de la Méditerranée, indique l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) (1), sans compter les victimes des naufrages sans témoins, qui n’ont laissé aucun survivant et donc aucun décompte.

Le chiffre est en baisse. Il était de 5 143 en 2016, année noire pour les passages par la Méditerranée. Mais il ne doit pas masquer que le nombre de morts par personnes arrivées est beaucoup plus élevé en 2017 (1,74 %) qu’en 2016 (1,41 %). Autrement dit, moins de migrants tentent la traversée, mais cette dernière est plus dangereuse.

Les explications de ces évolutions diffèrent selon les zones de passage. Trois grandes voies migratoires traversent la Méditerranée. La première, à l’ouest, conduit du Maroc à l’Espagne ; la deuxième, au centre, de la Libye à l’Italie ; la troisième, à l’est, de la Turquie à la Grèce.
Au moins 3 119 migrants sont morts l’année dernière en tentant de passer en Europe via l’une des trois principales routes de la Méditerranée. Les passages sont en baisse, mais ils sont aussi plus dangereux via la Libye.
Samedi 6 janvier, un canot avec 140 à 150 personnes à bord est parti de Garabulli, à 50 km à l’est de Tripoli, en direction des côtes italiennes. À son bord, des candidats à l’exil, originaires de Gambie, de Guinée, du Sierra Leone, du Mali, de Côte d’Ivoire, du Sénégal, du Cameroun et du Nigeria.

Au bout de huit ou neuf heures, l’embarcation a commencé à se dégonfler et à prendre l’eau. Dans la panique, beaucoup de personnes sont tombées à l’eau. Huit migrants ont péri et une cinquantaine d’autres ont disparu.
Des chiffres sous-estimés

Ce scénario dramatique est désormais tristement habituel dans cette région de la Méditerranée. Sur les 5 386 migrants morts ou disparus sur leur route de l’exil en 2017 dans le monde, 3 119 l’ont été lors du passage de la Méditerranée, indique l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) (1), sans compter les victimes des naufrages sans témoins, qui n’ont laissé aucun survivant et donc aucun décompte.

Le chiffre est en baisse. Il était de 5 143 en 2016, année noire pour les passages par la Méditerranée. Mais il ne doit pas masquer que le nombre de morts par personnes arrivées est beaucoup plus élevé en 2017 (1,74 %) qu’en 2016 (1,41 %). Autrement dit, moins de migrants tentent la traversée, mais cette dernière est plus dangereuse.

Les explications de ces évolutions diffèrent selon les zones de passage. Trois grandes voies migratoires traversent la Méditerranée. La première, à l’ouest, conduit du Maroc à l’Espagne ; la deuxième, au centre, de la Libye à l’Italie ; la troisième, à l’est, de la Turquie à la Grèce.

1/La route centrale : fuir à tout prix l’enfer libyen


La route partant de la Libye est la plus empruntée. C’est aussi la plus longue. Trois cents kilomètres séparent la côte libyenne de l’île italienne de Lampedusa. Même si leur nombre a notablement baissé par rapport à 2016, de nombreux candidats au passage, la plupart originaires d’Afrique subsaharienne, tentent toujours leur chance, le plus souvent depuis la zone côtière près de Tripoli.

En raison de la longueur de la traversée et de la vétusté des embarcations, la voie centrale est aussi la plus dangereuse. Au moins 2 833 migrants sont morts ou ont disparu dans la zone en 2017.

La baisse du nombre de passages à partir de l’été, conséquence des accords conclus entre l’Italie, l’Union européenne et la Libye, a entraîné mécaniquement une baisse du nombre de morts.

Depuis août 2017, les gardes-côtes libyens refoulent davantage de migrants, avec l’assistance logistique et financière de l’Union européenne et de l’Italie. Début décembre, la marine libyenne a annoncé un total de 80 000 migrants secourus ou interceptés cette année.

Ces derniers sont ramenés systématiquement vers la terre ferme.

Si le nombre de tentatives de traversée a baissé, les conditions se sont fortement aggravées par rapport à 2016. Les passeurs envoient les candidats à l’Europe sur des embarcations surchargées et vétustes dont la chance d’arriver jusqu’aux côtes italiennes est bien plus faible que celle d’être secourues par les bateaux militaires et de sauvetage. En 2017, l’indice de mortalité a été de 2,4 % pour la route depuis la Libye, contre 1 % en Méditerranée occidentale et 0,3 % en Méditerranée orientale.

« La situation en Libye est plus que confuse, les réfugiés fuient à tout prix le pays », témoigne Francis Vallat, président de l’ONG SOS Méditerranée. Signe pour lui de l’aggravation de la situation des migrants retenus en Libye, l’augmentation du nombre de mineurs secourus, entre 20 et 30 %, dont 80 % sont non accompagnés, et des femmes, la très large majorité témoignant après leur sauvetage des viols qu’elles ont subis en Libye.

2/La route de la mer Égée : fuir la guerre



La Méditerranée orientale, d’habitude la moins périlleuse, a englouti 806 personnes en 2015, lors du spectaculaire mouvement de population qui a vu près de 900 000 migrants fuir les conflits au Proche-Orient en tentant de passer en Europe.

Le choc produit par l’arrivée de ces migrants originaires principalement de Syrie, d’Afghanistan et d’Irak, a conduit l’Union européenne à conclure un accord avec la Turquie en mars 2016.

L’effet de cet accord a été assez immédiat : le nombre de passages de la côte anatolienne vers les îles grecques de la mer Égée (principalement Lesbos, Samos, Chios et Kos) est passé de 2015 à 2017 de 885 000 à 28 490 et le nombre de morts de 806 à 62.

3/La route marocaine



La route de la Méditerranée occidentale s’est animée en 2017. L’Espagne a enregistré plus de 20 000 arrivées en 2017. Elle est redevenue un objectif pour les migrants, la plupart originaires des pays du Maghreb et d’Afrique subsaharienne.

Les passeurs adaptent leur itinéraire et leur manière d’opérer. Dans le détroit de Gibraltar – 14 km de large –, il ne s’agit pas d’emprunter de grands bateaux surchargés et vétustes, comme en Libye, mais de traverser sur des embarcations plus légères, plus nombreuses et plus rapides pour échapper à la surveillance des gardes-côtes. La seule journée du 16 août 2017, 600 migrants ont débarqué à bord de 15 embarcations.

D’autres préfèrent des eaux moins surveillées mais où la navigation est plus longue, dans la mer d’Alboran, face à Almeria ou Malaga. Ces traversées restent toutefois risquées. 223 migrants y ont laissé la vie en 2017, contre 128 en 2016. Les migrants qui passent par Gibraltar sont en premier lieu marocains, algériens et ivoiriens, indique Frontex.

Et en 2018 ?

Si l’accord libyen se maintient – à la veille d’une renégociation de la directive de Schengen qui aujourd’hui, laisse la charge des migrants au premier pays d’arrivée dans l’UE –, le nombre de passages de migrants devrait se maintenir.

« Je n’ai pas de boule de cristal, mais en 2018, on aura encore des flux et des morts, pronostique Francis Vallat de SOS Méditerranée. On parle beaucoup de solutions pour empêcher les gens de partir de chez eux, pour humaniser la situation des gens sur place, mais la question du sauvetage n’est pas abordée. »

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