Mais, qui donc est Dieu ?

Dossiers "Foi chrétienne"
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Dieu… Voici un personnage bien à la mode et dont on parle beaucoup. Quand on écoute d’une oreille attentive les débats sur les religions et sur ce Dieu dont elles se réclament, on s’aperçoit, avec tristesse, que le Dieu chrétien est bien mal connu.

C’est bien sûr normal : "Ô Toi, l'Au-delà de tout, n'est-ce pas tout ce qu'on peut connaître de toi ?", priait déjà Grégoire de Nazianze, un évêque du IVe siècle. Il y aurait comme une incompatibilité entre Dieu et nos capacités de connaissance. Mais est ce une raison pour ne pas chercher à le comprendre et reconnaitre son action ? Car le Dieu chrétien agit, parle, il se fait proche, il n’est pas si insaisissable qu’on voudrait bien nous le faire croire. Encore faut-il tendre l’oreille et prendre le temps de s’attacher à sa voix. Car notre Dieu se révèle, il se laisse approcher. Et sa nature se dévoile un peu, et son amour envahissant se fait libérateur. Le pari du site croire, c’est de vous aider à voir dans votre vie tous les signes que Dieu vous envoie…

Pourquoi ne voit-on pas Dieu ?

Comment est-il possible de croire en quelqu'un qu'on ne voit pas et qu'on n'entend pas ? Le P. Franck Javary, curé de la cathédrale de Nanterre, répond aux questions de Sophie de Villeneuve dans l'émission de Radio Notre-Dame "Mille questions à la foi".


Sophie de Villeneuve : Dieu, personne ne l'a jamais contemplé, dit saint Jean, et dans l'Ancien Testament, il nous est dit que Moïse ne le voit que de dos. Comment entrer en relation avec un Dieu si mystérieux et invisible ? Et d'abord, Dieu n'apparaît-il jamais, comme la Vierge ?

Franck Javary : Non. Il existe des apparitions de Marie, du Christ en son humanité, des saints, mais Dieu, nul ne l'a jamais vu. Il dit lui-même à Moïse : on ne peut pas voir ma face et vivre. La vision directe de Dieu ne nous est pas possible. Nous ne sommes pas capables de soutenir la gloire, la splendeur de Dieu sur cette terre, dans notre condition actuelle.

Nous ne pouvons pas entrer en contact avec son regard ?

F. J. : C'est comme le soleil que l'on ne peut pas regarder directement. La gloire de Dieu dépasse notre capacité de l'accueillir. Et puis, je ne peux voir, toucher et sentir que des choses appartenant à cet univers matériel, or Dieu ne fait pas partie de l'univers qu'il a créé. Il l'englobe, il le porte, mais il ne fait pas partie des réalités que je peux vérifier par moi-même.



Dans l'Évangile, Jésus dit : "Qui m'a vu a vu le Père". Qu'est-ce que cela veut dire?

F. J. : Dieu se fait voir par son amour, et son amour, c'est le Fils qui vient parmi nous. Saint Paul, dans l'épître aux Colossiens, dit que Jésus est "l'image du Dieu invisible". Ce que nous ne pouvons pas contempler de manière directe, nous pouvons le voir en Jésus, en sa bonté, en son action… "Qui m'a vu a vu le Père" : c'est magnifique, Dieu veut être vu.

Il veut bien se laisser voir?

F. J. : Il veut bien se laisser voir en son Fils, parce que le Fils est le chemin vers le Père. Jésus, sur un léger ton de regret, dit à Philippe : "Tu demandes encore à voir le Père, mais qui m'a vu a vu le Père. Tu le vois en me voyant."

Jésus avait une apparence terrestre. Est-ce que cette apparence mène à voir Dieu?

F. J. : Il a plus qu'une apparence terrestre. Il est vrai Dieu et vrai homme. Dans son action messianique, dans sa prédication, dans sa bonté, dans ses guérisons et ses miracles, dans le fait qu'il donne sa vie sur la Croix, qu'il meurt et qu'il ressuscite, c'est le mystère de Dieu qui a habité parmi nous. C'est le cœur de la foi chrétienne. Si Dieu est invisible, il veut se faire connaître. Et il se fait connaître en son Fils, qui vient parmi nous, afin que nous puissions toucher, "palper" comme disait saint Jean, quelque chose du mystère de Dieu.

Donc, c'est regardant Jésus agir que l'on peut comprendre qui est Dieu?

F. J. : C'est ce que dit Jésus à Philippe, juste avant sa Passion. "Dieu a tant aimé le monde" qu'il lui a donné son Fils, et c'est cet amour que nous voyons en Jésus. Cela ne veut pas dire que le mystère du Christ, vrai Dieu et vrai homme, est à notre portée. Mais il est venu pour que nous ne découragions pas, pour que nous puissions connaître et aimer Celui qui nous a créés.

Jésus est à moitié homme. Est-ce que, dans notre humanité à nous aussi, Dieu se montre?

F. J. : Il faut peut-être dire plutôt que Jésus est tout entier homme et tout entier Dieu. Dans son humanité, nous touchons l'amour Dieu. Et Jésus veut que ce soit vrai aussi pour nous. Dans la vie des saints, c'est bien un reflet de l'amour de Dieu que nous rencontrons, de manière très concrète, très incarnée. Bien sûr les saints ne sont pas le Christ, mais ils en sont les disciples. Nous aussi sommes appelés à l'être, pour que, malgré notre faiblesse et notre péché, ou puisse toucher quelque chose du mystère de Dieu à travers les chrétiens et l'Église.

Certains sont plus facilement que d'autres le reflet de Dieu?

F. J. : C'est le propre des saints. Un saint est tellement accordé à la volonté de Dieu qu'en le voyant, on se dit que Dieu agit en lui. Au Moyen-Age, on appelait saint François d'Assise "l'Autre Christ". Cela peut nous paraître choquant, mais cette formule est très juste. François n'a pas remplacé le Christ, mais il a agi si fidèlement au Christ qu'il en était comme l'actualisation, il renvoyait vers lui. En le regardant, on ne peut que se dire que c'est Dieu qui agit en cet homme. Tant d'amour ne peut pas venir d'une simple capacité naturelle.

La caractéristique de la sainteté, c'est l'amour?

F. J. : Bien sûr, l'amour qui se donne, qui donne sa vie jusqu'au bout, voilà l'amour qui vient de Dieu. C'est d'ailleurs ainsi que bien des gens découvrent Dieu, dans cet amour qui vient de plus loin que nous.

Dire que nous sommes faits à l'image de Dieu signifie-t-il que nous sommes tous capables de lui ressembler?

F. J. : Dieu a mis en nous une empreinte, qui fait que nous sommes capables d'aimer selon le chemin de Dieu, bien sûr de manière toujours imparfaite. Nous sommes capables de connaître Dieu. Il y a en nous une capacité spirituelle, l'âme, à l'image de Dieu.

Pouvons-nous aussi connaître Dieu, reconnaître sa présence, dans la vie quotidienne?

F. J. : L'Église a reçu du Christ les sacrements, qui sont les signes de l'action du Christ. Si on prend au sérieux la messe, l'eucharistie, on est au cœur du mystère de Dieu. Le Christ se donne à nous dans son corps, dans son sang, il est chemin vers le Père. Il y a là un premier lieu fondamental : les sacrements. Il faut prendre au sérieux aussi la vie chrétienne, de foi, d'espérance, de charité. On y découvre beaucoup de témoins du Christ qui sont à leur manière des visages de Dieu, d'une autre manière que le Christ bien sûr.

Que voulez-vous dire par "prendre au sérieux"?

F. J. : Y croire, et y participer. Aller à l'eucharistie, y croire, y participer, et la méditer. Notre problème n'est pas la présence du Seigneur, le Seigneur est là. Notre problème c'est notre propre présence. Quand nous sommes absents d'esprit ou de corps, nous passons à côté.

Cela demande un effort?

F. J. : Oui, l'amour est exigeant et demande de l'attention. Ce n'est pas seulement un exercice à la force du poignet, il faut aussi se laisser porter. Mais c'est vrai qu'il nous est demandé d'être réellement là, et cela demande un effort.

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