Retour au bercail du Père Théoneste

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Le père Théoneste a été absent trois ans du diocèse de Constantine. Il n’est pas connu de ceux qui sont arrivés entre temps en Algérie. Il est revenu au bercail. Le bulletin diocésain l’accueille en votre nom par cet interview qui le fait connaître aux nouveaux d’une part, et ainsi les anciens le redécouvrent d’autre part à travers les fruits de sa mission d’étudiant à Rome en Italie.
regardsInterview

Echo : En guise de présentation rappelez-nous votre itinéraire jusqu’à l’ordination.

05122017 theoneste 02P. THEO : Je suis le Père Théoneste de nationalité rwandaise, né au Rwanda le 8 janvier 1967 au sein d’une famille chrétienne catholique. C’est là qu’a germé ma vocation bien avant de se concrétiser en Algérie. Après l’école primaire dans ma paroisse et les études secondaires chez les Frères Maristes, j’ai obtenu une bourse d’études pour l’Algérie à Constantine en 1988. Une fois arrivé, j’ai commencé à fréquenter le Bon Pasteur, en particulier pour la prière. Après mes études, j’ai travaillé et habité pendant deux ans avec les amis d’université de 1994 à l’été 1996. C’est à ce moment-là que, avec la bénédiction de l’évêque Mgr Gabriel Piroird, j’ai pu entrer au Grand Séminaire de Turin pour le compte du diocèse de Constantine et Hippone. Sept ans après, je suis revenu définitivement dans le diocèse pour être ordonné par le même évêque le 7 novembre 2003 à la basilique Saint Augustin à Hippone.


Echo : Et si vous ajoutiez un petit témoignage sur votre pastorale après l’ordination ?

P. THEO : Après l’ordination, j’ai été chargé de l’aumônerie des étudiants, des prisons ainsi que de la paroisse du Bon Pasteur. J’aimais bien aussi assurer régulièrement l’eucharistie à Chéchar, Tébessa et à Bir el-Ater. Mentionnons aussi le travail de l’aide à la comptabilité à l’évêché aux côtés de Trees et de Laurent, mais la disponibilité tous azimuts pour l’Écho du diocèse.

Echo : Après sept ans de séminaire pourquoi ce retour aux études en Italie ? Cela répondait à quel besoin ?

P. THEO : Le retour aux études en Italie en 2014 était un envoi en mission pour études. Cette mission a été l’occasion propice pour me ressourcer. D’un côté, elle répondait à une carence intellectuelle personnelle. De l’autre, toutes les conditions étaient réunies pour que l’un des prêtres soit détaché, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

Echo : Une carence, c’est plutôt de l’humilité ! Quel type d’étude avez-vous donc fait avec thème de recherche pour finir ?

P. THEO : Les études choisies auprès de l’Université Grégorienne de Rome se devaient d’être en rapport avec la vie de notre Église en terre d’islam. D’où l’option pour la théologie des religions. Le parcours s’est arrêté à mi-chemin avec la Licence. Le thème de Licence tournait autour d’un théologien et un apologète syrien du 9e siècle, ʿAmmār al-Baṣrī. Celui-ci a le prestige d’avoir été le premier à opérer la systématisation de la théologie chrétienne en arabe.

Echo : Partagez-nous un peu une synthèse de vos objectifs ou les motivations de ce thème ? ou que peut-on en savoir ?

P. THEO : Le travail de ʿAmmār al-Baṣrī nous dit comment les chrétiens arabes ont rendu leur foi crédible quand celle-ci était mise à rude épreuve de la part de leurs interlocuteurs.
Notre auteur a répondu d’une façon rigoureuse et ce, à travers des œuvres dont beaucoup ont été perdues. Il nous reste entre autres deux livres. Le premier s’intitule le Livre de la démonstration (en arabe: Kitāb al-Burhān,( كتاب البرهان), à travers lequel notre auteur s’occupe de prouver la véracité de l’incarnation dans un langage simple. Le second a pour titre le Livre des questions et des réponses (en arabe: Kitāb al-Masā’il wa-l-Ajwiba,( كتاب المسائل والأجوبة). Plus systématique, il traite en quatre sections les questions qui concernent l’existence de Dieu, l’incarnation, entre autres.
05122017 theoneste 03Ces écrits peuvent suffire pour remonter jusqu’à l’essentiel de la doctrine de notre apologète. La bibliographie est abondante car plusieurs études ont été déjà effectuées, soit pour les universités, les maisons d’édition, les revues spécialisées, etc. Il existe des livres, des thèses et des articles en français, en anglais et en arabe, pour ne citer que ces langues-ci.


L’actualité ou l’intérêt du thème, c’est que les questions d’antan n’ont pas changé. Aujourd’hui, que ce soit dans les rues, dans les souks, à l’Université ou dans les rencontres interreligieuses, elles peuvent surgir. Il vaut mieux être préparé afin d’éviter des surprises. L’expérience enseigne. Les travaux des premiers apologètes arabes sont toujours actuels. Ils nous viennent en aide.

Echo : Parlons de votre retour avec la session des prêtres. Cette session valait-elle la peine ?

P. THEO : Le retour avec la session des prêtres a été pour moi une bénédiction. Je ne pouvais pas espérer mieux après un temps d’absence considérable. C’était une belle porte pour ainsi dire de réinsertion dans cette société qui m’est très chère, et un beau plongeon dans la vie de notre Église et dans la réalité de notre ministère de prêtres. Aussi valait-elle la peine !

Echo : Qu’en retenez-vous que vos lecteurs peuvent savoir ?

P. THEO : Le fil conducteur de la session « Quel prêtre pour quelle Église », tout en rappelant l’importance du ministère du prêtre pour la vie de notre Église et pour le pays qui nous accueille, a resitué les choses à leur juste valeur :
- Le prêtre est un homme de Dieu, d’accord, mais il ne doit tout de même pas se prendre pour Dieu.
- Le prêtre participe de l’unique sacerdoce du Christ. Il doit se rappeler que c’est une grâce qu’il porte comme dans un vase d’argile.
- Le prêtre est un homme de réconciliation et d’écoute. Aussi est-il tenu à ne pas trahir la confession des uns et la confiance des autres.
En somme, serviteur de l’espérance, le prêtre est tenu à être un « alter Christi » parmi, avec et pour ceux et celles que le Seigneur met sur son chemin. Suivre le Christ humble et pauvre exige que le prêtre se dépouille du sentiment de suffisance pour revêtir l’humilité.

Echo : Pensez-vous qu’il faille d’autres éditions de cette session de façon rapprochée ?

P. THEO : Les éditions rapprochées seraient bien accueillies en particulier pour les prêtres séculiers qui n’ont que cette instance pour se rencontrer et pour se ressourcer ensemble. Les religieux bénéficient d’autres occasions au sein de leurs congrégations et j’en passe.

Echo : Qu’aimez-vous dans cette église d’Algérie ? Pourquoi ?

05122017 theoneste 04P. THEO : J’aime bien cette Eglise d’Algérie, car elle m’a aimé dès mon arrivée ici. Ma réponse d’amour à cet amour se situe bien sûr en aval, car en amont il y a l’amour infini que le Christ lui porte et me porte. Il a donné sa vie pour elle, pour cette terre qui l’accueille, pour moi, pour toi, pour tous.
J’aime cette Eglise car elle évoque en moi tant de tendresse. Située en « périphérie », faible numériquement, sans voix politiquement, elle a été fidèle dans les eaux troubles et ce, jusqu’au jour d’aujourd’hui. Du coup, rien que pour cette fidélité, sa place est irremplaçable dans le corps entier qu’est l’Église universelle.
J’aime penser qu’elle a besoin de moi et que moi j’ai besoin d’elle. Cette circularité nourrit d’une façon renouvelée et définitive ma réponse d’amour et l’option pour l’Algérie.

Echo : Que déplorez-vous dans cette même Eglise ? Pourquoi ?

P. THEO : Étrangement, je déplore de ne rien déplorer dans cette Eglise. C’est bien là mon moindre défaut. Il m’arrive de la voir transfigurée, malgré tout, en témoin de l’Agneau immolé. Celui-ci s’est chargé de tout. Il a payé toutes nos dettes passées, présentes et futures.
Mais, puisque tu insistes pour me faire dire qu’il doit y avoir tout de même quelques cailloux dans la chaussure, je dirais bien que l’Eglise c’est moi, c’est toi, c’est tous les disciples. Dans ce sens, je suis conscient que la perfection n’est pas de ce monde. Aujourd’hui, je prononce mon « mea culpa » pour toutes les fois que je manque au double commandement de l’amour.

Echo : Avec votre retour, où êtes-vous affecté à présent ?

P. THEO : Sétif, mais j’ose penser que, à l’instar de mes confrères, la route sera mon deuxième lieu d’affectation, eu égard aux petites autres missions qu’il faudra honorer aussi bien au niveau diocésain qu’au-delà.

Echo : Quels sont vos objectifs pastoraux dans ce nouveau poste ?

P. THEO : Les objectifs pastoraux sont à double mouvement : vers le dedans pour servir le petit troupeau tant que faire se peut et vers le dehors pour tisser les liens d’amitié avec les frères et sœurs en humanité.

Echo : Quels sont aussi vos objectifs pastoraux pour les étudiants subsahariens, vous restez malgré tout l’un d’entre eux n’est-ce pas ?

P. THEO : L’aumônerie d’étudiants chrétiens subsahariens occupera une part importante de ma charge pastorale aussi bien au niveau local que diocésain. Elle doit viser en premier à joindre les étudiants chrétiens intéressés, toutes confessions confondues, afin de les aider à leur vocation d’être étudiants avec Jésus dans les universités et centres de formation professionnelle algériens. Comme il a été dit souvent ils sont les membres les plus avancés dans le contact quotidien avec la réalité musulmane et algérienne : à l’université, dans les transports publics et/ou universitaires, dans les cités et restaurants U, etc. Ils sont en contact avec une société différente, une foi différente, une culture différente, une terre différente. L’aumônerie est une chance pour réduire cet impact bien souvent agressif au début, puis les aider à se construire humainement, spirituellement, c’est-à-dire à bâtir leur vie sur et avec Jésus en qui ils ont cru dès leurs pays d’origine. C’est aussi pour certains une occasion de se construire chrétiennement, de redécouvrir la beauté de la foi chrétienne qu’ils avaient mise dans le placard. Enfin, c’est l’occasion pour d’autres de découvrir Jésus tout court et d’entamer avec lui un chemin qui pourrait aller jusqu’aux sacrements d’initiation chrétienne.
Somme toute, j’aurai à cœur primo, de faire sentir aux étudiants qu’ils font partie intégrante de la communauté chrétienne vivante de jeunes étudiants. Secundo, de leur offrir un lieu d'accueil et de convivialité dans la mesure du possible, d’élargir leur horizon sur l’expérience de la rencontre et de l’amitié avec l’autre. L’enjeu sera de pouvoir les rejoindre dans leurs lieux de vie, ce qui n’est pas aisé puisque de nouveaux centres ou universités se trouvent à mille lieux des uns et des autres.

Echo : Votre dernier mot sur le bulletin « Écho » et ses lecteurs.

P. THEO : Mon dernier mot qui n’est pas du tout le dernier puisque je l’ai toujours répété c’est la joie et le bonheur de servir l’Église de la rencontre dans cette terre d’Algérie. Même s’il peut arriver que le poids du jour soit éprouvant humainement parlant, l’intimité avec Jésus nous revigore et nous recharge de son amour pour le jour suivant.
Merci pour votre attention à vous qui m’avez lu jusqu’ici.

Echo : Merci à vous aussi. Bienvenue chez vous et bon vent avec tous.

Rosalie SANON, SAB
Bon Pasteur
source « l’Echo de Constantine » 201

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