Ordre contre désordre

Société
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Dans bien des familles, les conflits quotidiens naissent à propos de tubes de dentifrice non rebouchés, de vêtements qui traînent… La lutte entre ordre et désordre se joue dans nos foyers !

On entasse au fil des jours, meubles, bibelots et souvenirs… Alors périodiquement, un grand nettoyage s’impose. Jeter ou ne pas jeter ?

Wassila dit : « L’ordre est pour moi un combat journalier ! Entre le travail, la maison et mes deux jeunes enfants, il n’y a pas de place pour le laisser-aller. Pour cela, je range en occupant le minimum d’espace, dans le moindre temps, le mieux possible. Quand les placards débordent, je suis obligée d’éliminer tout ce qui est cassé ou ne sert plus. Malgré cela, le rangement me prend un temps énorme. Il faut toujours recommencer !»

Meriem ajoute : « Mon bureau croule sous les dossiers, les agendas, les piles de revues, les photos de famille… Ranger pourquoi faire ? Chez moi, c’est la même chose. J’aime mon désordre, un décor, une ambiance se créent, je m’y installe avec délice, c’est mon univers vital. Je ne sais pas classer, j’ordonne à mon image, mais je perds peu et n’oublie rien. Ce qui compte c’est d’avoir les idées claires et de savoir où on va. »

Selon les psychanalystes, le désordre a sa logique pour celui qui le crée. Dans le fait de laisser traîner ses affaires, de s’attacher à des objets souvenirs, il peut y avoir le désir de se fabriquer un univers, de retrouver des sentiments. C’est une manière réconfortante de s’approprier un territoire.

A l’opposé, chez celui qu’on qualifie de ‘maniaque’, l’ordre exacerbé est une manière de maîtriser l’environnement qui rejoint un désir de puissance.

Nous avons tous des seuils différents de tolérance au désordre. Chacun organise son royaume à sa façon. Mais quand deux ou plusieurs personnes sont appelées à vivre ensemble, des univers différents voire opposés doivent s’imbriquer. Ce n’est pas évident. D’autant que hommes et femmes n’ont pas exactement la même approche du problème. Les femmes rangent plus que les hommes. La majorité des femmes exerce une action préventive, à base de rangements stables et réguliers. Pour la plupart d’entre elles, ranger signifie ordonner. Tout est mis en œuvre afin de créer un système efficace, accessible à toute la maisonnée. Tandis que l’homme adopte généralement une action curative. Il intervient quand le désordre le submerge, ou lorsqu’il est d’humeur, au coup par coup. Il considère que c’est rangé, lorsqu’il sait où trouver les choses.

Dans ces conditions, l’équilibre, l’harmonie ne sont pas faciles à trouver. Soit l’ordonné baisse les bras et se sent mal à l’aise dans un milieu où il a perdu ses repères. Soit le désordonné se voit imposer une norme qui le freine. Les extrêmes sont significatifs d’un mal de vivre. L’idéal serait que chacun, chacune dispose de son propre territoire domestique ou professionnel. Lorsqu’on partage sa vie avec d’autres, l’équilibre passe par la négociation perpétuelle avec l’entourage, mais surtout avec soi-même. Car, de ce point de vue, comme de beaucoup d’autres, on ne change guère son partenaire. On ne peut que progresser ensemble, à petits pas l’un vers l’autre.

Conseils à l’accro de l’ordre

O n peut sensibiliser un enfant au rangement, lui enseigner les vertus de l’ordre et l’égard dû à ceux qui partagent les lieux avec lui. Mais le résultat sera très variable selon son caractère. Certains ne s’y mettront jamais, ça fait partie de leur personnalité. Enfant ou adulte, on ne peut rendre ordonné quelqu’un qui ne l’est pas. Il faut le laisser agir un minimum à sa guise, car c’est de l’espace vital de chacun qu’il s’agit. Imposer sa propre norme à tout le monde, c’est de la tyrannie. Si vous vivez avec un désordonné, il ne reste plus que trois solutions :

1 - Vous rangez à sa place s’il accepte et vous négociez ce service contre le fait qu’il assure une autre corvée qui vous pèse.

2 - Vous tentez de vous aménager deux territoires séparés.

3 - Vous supportez ! En convenant que vous accordez peut-être au problème une importance démesurée. Lorsque vous râlez en ramassant les chaussettes, les livres, les vêtements à travers tout l’appartement, pensez aux bonnes choses que vous partagez ensemble.

Conseils aux semeurs de désordre

Vous ne pouvez pas vous changer. Mais refuser d’envisager le problème n’est pas une solution. Si votre désordre dérange vraiment les personnes avec qui vous vivez, ayez la sincérité de le reconnaître. Par respect pour les autres, vous pouvez peut-être faire un petit effort, sur les deux points qui leur tiennent le plus à cœur, par exemple : on range bien ce qu’on aime, on peut ranger un peu par amour. Même si vous dites que le désordre ne vous gêne pas, n’est-ce pas du vôtre qu’il s’agit ? Lorsqu’il est devenu indispensable de jeter les objets inutiles, ne trouvez-vous pas dans les affaires des autres mille choses superflues dont vous vous débarrasseriez sans aucun remords ? Si vous n’avez rien contre le fait que quelqu’un d’autre range à votre place, proposez d’assumer en échange une autre tâche ménagère qui vous convienne mieux pour désamorcer la rancune.

 Zinev Athyahia

Source Revue Hayat décembre 2017