Sept jours à la Maison Diocésaine d’Alger

Vie de l'Eglise
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La Maison Diocésaine d’Alger aujourd'hui vous accueille comme une femme en train de travailler qui enlève son tablier pour aller à la rencontre de l'hôte. Elle n’est pas encore très bien habillée : son côté gauche est d’une blancheur lumineuse, tandis que son côté droit est encore écru. Mais combien de gens passent à travers son portail ! Chacun avec son but, ses nécessités, son envie de partager des soucis, ou simplement de l’amitié.

Voici une semaine à la Maison Diocésaine d’Alger. Venez chez nous !

Lundi

Aujourd’hui un groupe de jeunes de la CISP (Comité International pour le Développement des Peuples) va arriver chez nous. La Maison offre des chambres, des salles, des repas, des pauses café, des conversations et des rencontres.

Ce sont des jeunes très engagés qui vont rester quelques jours pour une session de formation. Il en va de même pour le groupe CIDDEF (Comité International pour le Droits des Enfants et des Femmes), pour la quarantaine d’éducateurs des Centres pour les handicapés, confédérés en FNPEI, pour les jeunes de Rencontre International Méditerranée… Ce sont des Associations avec lesquelles nous partageons des valeurs importantes : solidarité, justice, paix...

Les groupes sont bruyants, actifs, intéressés et très variés : des filles avec ou sans hijab, des gars qui savent comment faire la vaisselle ou qui lavent les assiettes pour la première fois en prenant des selfies pour montrer aux amis ou à leur mère cette formidable évolution. Il faut dire que tout le monde se sent chez soi.

Il y a un qui confesse : ‘c’est la première fois que je rencontre des chrétiens’. Et il y en a qui demandent à visiter la chapelle, avec respect et curiosité.

Les thèmes des sessions et des réunions de ces groupes ? La vie associative. Égalité homme et femme. Formation à l'écriture. L’écoute... Il y a aussi des cycles de rencontres/débats, des ‘tables rondes’ : Anthropologie féminine et pluralité islamique. Les femmes migrantes, racisme et sexisme en intersection…

On devine une réalité associative vivante, peut-être un peu désordonnée, mais avide de faire, et un monde de femmes intelligentes, qui veulent se préparer et agir.

La Maison a accueilli aussi des groupes spéciaux, comme l’équipe qui a tourné un film chez nous, en nous plaçant, pendant deux mois, sur la scène, avec des voitures anciennes, des attaques de l’armée, le temps de la guerre recréé dans le jardin. Ou le Groupe d’étudiants allemands en visite à Alger dans le cadre d’un échange organisé par le Centre de Recherche en Économie Appliquée pour le Développement (CREAD). Ou encore les artistes des CISP, avec leurs installations, telles que la baignoire, que nous avons trouvée à côté du portail et après dans le hall d’exposition, symboliquement expressive du thème Le monde selon les femmes.

Mardi

Ce soir, les fidèles coptes orthodoxes prient dans la chapelle de la Maison Diocésaine. Il y a plusieurs familles coptes et les voix des enfants résonnent dans les couloirs, tandis que les années passées c’étaient plutôt les travailleurs qui arrivaient chez nous sous escorte, par les autobus de leurs entreprises. Parents et enfants sont très fidèles à la prière, avec leur prêtre qui vient de l’Égypte. Ils remplissent la maison d’encens qui s’élève à rappeler le besoin de prière de tout cœur humain. Un œcuménisme très familier.

Le dimanche soir c’est le tour des fidèles libanais de rite maronite. Parfois, le vendredi, les familles libanaises viennent pique-niquer dans le jardin, avec des brochettes, des chansons, des jeux…, et nous trouvons sur la table de la cuisine, en discret partage, de l’houmous de pistache ou de la crème au cumin.

Il y a d’autres groupes de prière qui se réunissent à la Maison Diocésaine : le groupe de louange d’Hydra et celui de la prière style Taizé, initiative qui vient de commencer.

Cette année pastorale, consacrée à la prière, il y aura aussi l’adoration chaque premier vendredi du mois.

Mercredi

Aujourd'hui, notre évêque rentre du Cameroun, où il a participé à la Conférence des évêques, en tant qu’invité expert du dialogue avec l’Islam. Mgr Paul Desfarges est chez nous une présence qui transmet bienveillance, expérience, sérénité et richesse intérieure. A la maison il y a aussi le Père Mario, l’économe diocésain. Et notre communauté.

D’autres personnes viennent avec une régularité fidèle, pour le service de réception : lundi, c’est le frère Daniel au matin et sœur Madeleine l’après-midi ; mardi, c’est Mme Chantal et après sœur Patricia, et les jours suivants le père Albert Gruson, Tilly, Nacera, et d’autres personnes bénévoles comme Jean, Nasira, Pierrette, Françoise, Anissa. C’est inutile de dire que sans cette généreuse disponibilité la Maison diocésaine ne pourrait pas atteindre son but.

Et il y a encore beaucoup de gens qui passent par la Maison : gens qui ont ici leur lieu de travail, comme la grande famille Caritas, ou les personnes qui apprennent le français avec sœur Rosita, dans la maison voisine ; celles qui venaient chez sœur Josita pour le cours de yoga, suspendu maintenant à cause des travaux... Et puis, des gens qui viennent tout simplement demander des renseignements, qui ont besoin d’être écoutés, qui apportent des choses pour les pauvres, ou qui veulent entrer dans la chapelle pour prier. Personnes à accueillir.

Jeudi

Le groupe arrivé lundi part aujourd’hui, mais d’autres personnes viendront pour être hébergées : des Sahraouis avec des espagnols qui travaillent à Tindouf, amenant leur pot de thé et leurs petits verres pour recréer, le soir, un coin du Sahara ; des personnes qui ont quelqu’un de la famille à l’hôpital … Parfois il y a des sessions de formation pour les monitrices des centres d’artisanat, pour les femmes en charge de la diffusion du magazine Hayat.

La Maison Diocésaine accueille aussi les permanents de l’Eglise : les nouveaux arrivés, les étudiants de l’Université d’ Eté, les aumôniers de prison…

Il ne manque pas de migrants qui arrivent à la porte, en nous rappelant, par leur présence et leurs besoins, une réalité face à laquelle on ne peut pas fermer les yeux. Une réalité qui crie, qui nous touche, et nous sentons en même temps notre impuissance et le désir de répondre à leur appel.

Vendredi

Le vendredi est toujours une journée spéciale. C’est le jour de la communauté chrétienne. Son pivot est la Messe de 11h, animée à tour de rôle par les familles, ou par d’autres groupes, accompagnés par la Chorale Saint Kizito, dont le chant apporte

le désir de prier et de danser. Les enfants sont les principaux protagonistes de la célébration, joyeux et bruyants. Ils font le service à l’autel, en utilisant avec orgueil l’encens, les bougies et la cloche.

D’autres groupes se rassemblent, de temps en temps, chez nous le vendredi : la Fraternité Charles de Foucauld, le groupe biblique, celui du partage de l’Évangile. C’est le jour de la communauté italienne qui vient dans l’après-midi pour la catéchèse et pour la Messe en italien, trouvant ici l’ambiance qui contribue à fortifier la foi.

Le vendredi est le jour aussi de la Compagnie de théâtre, qui prépare ses spectacles et grandit dans l’amitié et l’amour du pays.

La Maison Diocésaine est également le lieu de célébration et de fête à l’occasion des journées particulières, telles que la journée diocésaine, le jour de la vie consacrée, ou lors de la réunion du presbyterium.

Samedi

Pour le foyer des enfants Amitié sans frontières, la journée commence au matin, lorsqu’on déplace les poubelles vertes pour délimiter l’espace du jardin interdit aux voitures et réservé aux jeux des enfants.... et se termine le soir, par la réunion des animateurs, qui partagent, évaluent et planifient. Nombreuses sont les activités qui occupent les enfants : jardinage, cuisine, artisanat, ping-pong, musique, jeux... Parfois ils font des sorties, des excursions culturelles, des fêtes avec leurs parents… des occasions qui favorisent l’épanouissement de leurs talents.

Samedi est aussi la journée pour les éducatrices de la petite enfance, avec le projet Caritas qui forme des éducatrices passionnées et bien préparées.

Au long de l’année, il y a des samedis dédiés aux marchés de Noël ou de printemps, organisés par Caritas, parfois un vide-grenier. Même la Conférence Saint Vincent de Paul, elle aussi, en courageux renouvellement, trouve sa place à la Maison Diocésaine, lieu de rendez-vous pour son service généreux et ses initiatives en direction de ceux qui sont dans le besoin.

Dimanche

Après le week-end, tout va recommencer. Le personnel de la Maison revient : combien elle est précieuse, la collaboration de toutes ces personnes ! Et non pas seulement pour les services qu’ils accomplissent, mais pour le cœur qu’ils y mettent. Azzedine, Safia, Karima, Dalila, Rabea, Amina, Sofiane… Il y a ceux qui à la Maison se sentent chez eux et, s’il le faut, - que ce soit le vendredi ou après les heures de travail – ils se rendent disponibles à tout moment. Mais plus que l’extraordinaire, c’est le dévouement au quotidien qui fait vivre la maison.

Il y a aussi l’équipe du chantier. Les ouvriers subsahariens sont de différentes nationalités et de religions différentes. Ils sont tous logés ensemble et le vendredi, il est beau de les voir, partagés en deux groupes, les uns, habillés en blanc, sortir pour aller à la mosquée et les autres, avec un chapelet autour du cou, entrer dans notre chapelle pour la Messe.

La Maison diocésaine a certainement beaucoup de lacunes. Comme toutes les maisons. Mais elle est vivante, bien vivante. Elle donne beaucoup à ceux qui l’habitent et qui souhaitent donner autant à ceux qui passent par elle.

Soeur Gabriella